Une vidéo tournée au Zimbabwe recyclée pour alimenter une rumeur en Côte d’Ivoire

04 mai 2026

Des images largement partagées sur les réseaux sociaux affirment montrer une altercation entre deux ressortissants libanais et un policier ivoirien dans l’exercice de ses fonctions. Selon les publications virales, le policier aurait été agressé en raison d’un différend lié au stationnement d’un véhicule. En réalité la scène a été filmée au Zimbabwe le 21 février 2026.

Source : capture d’écran post sur X (anciennement Twitter)

Un compte X a partagé le 5 avril 2026 un portfolio de trois images où l’on peut voir un homme en uniforme maîtrisé par un individu alors qu’un autre s’affaire autour de la roue d’un véhicule à l’arrêt. « Deux Libanais ont refusé d’obtempérer à un policier concernant un stationnement illégal pour un pneu crevé » , indique la publication qui explique que « l’un d’eux aurait physiquement immobilisé l’agent par derrière pendant la réparation, provoquant une vague d’indignation nationale sur les réseaux sociaux ».

Ce post qui a généré plus de 32 000 vues est accompagné par le hashtag #CôteDIvoire,

Les images partagées par le compte X sont d’assez mauvaise qualité, suggérant qu’il s’agit sans doute de captures d’écran issues d’une vidéo. Au-delà, les deux hommes à la peau blanche sont présentés comme des Libanais.

Source : capture d’écran post sur X (anciennement Twitter)

La même publication est diffusée par plusieurs pages et comptes Facebook ( 1, 2, 3, 4).

Source : capture d’écran publication Facebook

La diffusion de ces images intervient dans un contexte particulier en Côte d’Ivoire, marqué par une recrudescence de contenus visant la communauté libanaise sur les réseaux sociaux.
Depuis plusieurs mois, des publications virales accusent des ressortissants libanais d’abus, de violences ou encore d’une influence jugée excessive dans certains secteurs économiques, comme le souligne cet article.
Dans ce climat, toute publication impliquant des ressortissants étrangers, en particulier libanais, a tendance à susciter des réactions hostiles de nombreux internautes.

Aucun lien avec la Côte d’Ivoire

Une analyse des images permet d’observer que la tenue portée par le prétendu agent de la police ivoirienne sur la publication ne correspond pas aux tenues habituelles de la Police Nationale de Côte d’Ivoire comme on peut le constater sur les photos suivantes partagées sur la page Facebook officielle de la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN).

Source : Page officielle Facebook Direction Générale de la Police Nationale

Une séquence tournée au Kenya en 2026 ?

Une recherche d’image inversée réalisée grâce aux images virales permet de remonter à une vidéo diffusée sur le réseau social X, par le compte The Nairobi Times basé au Kenya. La vidéo a été partagée le 22 février 2026.

Les captures d’écran censées montrer une altercation entre un policier ivoirien et des Libanais sont tirées de cette vidéo d’une durée de 28 secondes.

La légende qui accompagne la vidéo évoque plutôt une confrontation entre deux hommes et un agent de la circulation qui tentait d’immobiliser leur véhicule à l’aide d’un sabot.

La scène a également été relayée par d’autres comptes de ce pays (1, 2) le 23 février 2026 mais la nationalité des deux hommes « blancs » n’a pas été précisée.

Source : capture d’écran du compte X (anciennement Twitter).

Source : Capture d’écran compte Instagram

Source : capture d’écran publication sur X (anciennement Twitter).

De plus, une recherche avec les mots clés « Kanjos agent de sécurité Nairobi », oriente vers cet article du média citizen.digital, un site en ligne local, publié le 19 octobre 2021. Le papier confirme bel et bien que les tenues portées par les agents de Kanjos sont identiques à celles qu’on voit dans la vidéo en vérification.

Source : capture d’écran Google

Toutefois, parmi les éléments ayant orienté les vérifications, un détail sonore retient l’attention. Dans la version originale de la vidéo, les échanges entre les protagonistes ne correspondent pas à un accent Kenyan. Certains internautes évoquent plutôt des sonorités propres à d’autres pays d’Afrique australe, comme l’Afrique du Sud ou le Zimbabwe.

Source : capture d’écran commentaire internaute sous publication X

Des premières pistes au Kenya, puis une localisation au Zimbabwe


Les premières recherches, notamment via la recherche d’image inversée, orientaient vers une diffusion de la vidéo depuis des comptes basés au Kenya. Mais des vérifications complémentaires ont permis d’affiner cette piste.

En analysant plus attentivement cette vidéo postée le 21 février 2026 sans aucun contexte par la page Onlyinzimbabwe, plusieurs indices ont émergé. Certains commentaires associés à la séquence, rédigés dans des langues locales, ainsi que des éléments visuels présents dans la scène, suggèrent un autre cadre géographique comme l’aéroport international Robert Mugabe.

Source : capture d’écran commentaire sous post Instagram

Des recherches supplémentaires permettent d’établir des correspondances entre éléments visibles dans la vidéo et des images de l’aéroport international Robert Mugabe, situé à Harare sur le plateau central du Zimbabwe. L’architecture du bâtiment en arrière-plan, les fenêtres avec des motifs répétitifs, la zone de circulation sont reconnaissables à travers cette note descriptive publiée sur le site web Airports Company of Zimbabwe.

Source: Capture d’écran site web Airports Company of Zimbabwe.

Contrairement à ce qu’affirment les publications devenues virales, la scène ne s’est pas déroulée en Côte d’Ivoire et n’implique pas des ressortissants libanais vivant en Côte d’Ivoire. La vidéo a en réalité été filmée à l’aéroport du Zimbabwe le 21 février 2026.

« Cette publication a été produite par Abdoul-Khader Coulibaly, dans le cadre du projet « Renforcer la Fiabilité de l’Information en Afrique de l’Ouest ». Elle a été produite dans le contexte d’un mentorat de la DW Akademie, avec le soutien technique de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH, financée par le Bundesministerium für wirtschaftliche Zusammenarbeit und Entwicklung (BMZ) et l’Union européenne (UE). Le mentorat respecte l’indépendance journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. La prise de décision éditoriale reste du ressort du boursier. »